Poussière rouge

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POUSSIERE ROUGE de Gillian Slovo, paru aux éditions Gallimard en janvier 2006. Lecture proposée par Brigitte Contay.

L'histoire

En 1995, l'Afrique du Sud tente de se remettre de l'apartheid. Il faut régler les comptes du passé pour construire l'avenir. Tel est le rôle de la Commission Vérité et Réconciliation.

Sud-Africaine blanche, Gillian Slovo est la fille de Joe Slovo, décédé, qui fut le chef du Parti communiste sud africain et devint un des ministres importants de Nelson Mandela. Sa mère, Ruth First, brillante journaliste a été tuée au Mozambique en 1982 par l’explosion d’un colis piégé expédié par les services secrets sud-africains.

Où en est l’Afrique du Sud quelques années après la fin de l’apartheid ? Ce roman effectue une plongée passionnante dans la petite ville de Smitsriver, à l’intérieur du pays. Il donne un aperçu de ce que sont devenues les relations entre ceux qui torturaient et ceux qui étaient torturés, ceux qui étaient membres de la minorité des privilégiés et ceux pour qui la vie n’était que terreur et humiliation. Ce roman va encore plus loin : il montre le caractère sinueux des rapports entre les gens selon leur personnalité et selon leur position sociale ou politique.

En 1995, une loi crée la Commission Vérité et Réconciliation, Commission au nom du « pardon » et de la nécessité de parvenir à la paix entre les communautés noire et blanche. Elle est un compromis entre l’amnistie pure et simple des crimes commis par les Blancs racistes pendant les années de l’apartheid et leur condamnation systématique réclamée initialement.

Tous « reviennent » donc dans la ville de leur passé, pour se présenter devant la Commission Vérité et Réconciliation L’action du roman commence avec l’arrivée dans cette petite ville de Smitsrivier de la Commission Vérité et Réconciliation. Elle est chargée d’entendre un ancien policier blanc Dirk Hendriks emprisonné qui espère être amnistié en confessant un de ses crimes devant la Commission. Cette procédure est un moyen pour d’anciens tortionnaires d’échapper à de lourdes condamnations. Mais James Sizela, le directeur d’école noir et sa femme veulent en finir avec ce qui les tourmentent : ne pas savoir où le corps de leur fils assassiné a été enterré. Ben Hoffman, un vieil avocat blanc qui a combattu l’apartheid, décide d’aider les Sizela. Mais il est au seuil de la mort et n’a plus la force de mener ce combat seul devant la Commission. Autrefois il a formé une jeune, Sarah Barcant, qui a ensuite quitté l’Afrique du Sud pour faire une brillante carrière à New York.

Quatorze ans ont passé. Sarah accepte de revenir pour plaider à Smitsrivier. Mais plus question pour elle de se laisser envahir par « cet horrible mélange de honte et de peur » qu’elle éprouvait lorsqu’elle était adolescente en Afrique du Sud. Elle a décidé de démêler cet écheveau tambour battant, ce qui lui réserve bien des difficultés et quelques surprises douloureuses.

Points de réflexion

  • Gillian Slovo met en lumière les diverses facettes des personnes et la complexité de leurs relations.
  • La parole peut-elle libérer les anciens ennemis ?
  • Quel est le prix à payer pour cette « réconciliation » ? Les mots font mal, comme une nouvelle torture mentale.
  • Et comment croire à la sincérité des demandeurs d’amnistie ? Et comment admettre que des coupables échappent à un juste châtiment ? A ces questions de Sarah, Hoffmann répond que la réconciliation entre les deux communautés était à ce prix.
  • Sarah, l’experte en droit, doit réviser ses convictions, admettre que le droit ne suffit pas à la quête de la vérité. " Tu places le droit au-dessus de la vérité, n’est-ce pas ? " rétorque le vieux militant Ben Hoffman à son ancienne élève. Mais il n’y a aucune preuve et " le droit ne peut entrer en scène que lorsqu’il y a des preuves. "
  • Il dit aussi : "nous sommes tous liés les uns aux autres. Tu ne peux pas seulement prendre en compte un des camps comme s’il était séparé de l’autre. Ils ont en commun quelque chose de fondamental » (ici, tous deux, à leur manière, sont des patriotes).
  • Rien, décidément, ne se déroule comme dans une audience d’un tribunal de New York. La commission Vérité et Réconciliation est un tribunal qui ne juge pas.
  • "La vérité, croit Sarah, est encore plus insaisissable que la justice. La réconciliation est prêchée par les hommes d’Église mais je te mets au défi de trouver de la réconciliation entre les individus ". Ben Hoffman, vieux sage, aura le dernier mot : " Tu n’as absolument rien compris. La réconciliation dont parle la Commission, ce n’est pas entre individus. "
  • Tout ce à quoi pouvait aspirer l’Afrique du Sud, c’était de continuer à avancer. Pour permettre au pays et à ses habitants de repartir sur de nouvelles bases, en essayant de faire table rase du passé (objectif bien difficile à atteindre), les différents personnages sont obligés de regarder derrière eux.
  • A ce jeu de bras de fer, y a-t-il véritablement un gagnant ? un perdant ?
  • Gillian Slovo aborde la complexité d’un système où la responsabilité est à la fois individuelle et collective. Un système où chacun se trouve enfermé dans un rôle dicté par l’éducation et l’histoire.